Energies renouvelables

L’Espagne favorise les énergies renouvelables
Eoliennes en Espagne
Par Anne Lobjoie

Paradoxe : mauvaise élève du protocole de Kyoto avec une augmentation des émissions de gaz à effet de serre de 52,3% en 2007 par rapport à 1990, l’Espagne semble miser tout ou pratiquement tout sur les énergies renouvelables.Le plan pluriannuel des Energies Renouvelables en Espagne 2005-2010 a pour objectif de passer de 7% de consommation d’énergies propres en janvier 2009 à 12% en décembre 2010.

C’« est une borne qui nous remplit d’orgueil », a déclaré le président de la Red Electrica de España, Luis Atienza alors que l’Espagne pouvait s’enorgueillir ce dimanche 8 novembre 2009 d’enregistrer un record de production d’électricité renouvelable : entre 03h20 et 08h40, plus de la moitié de l’électricité produite était d’origine éolienne, avec un pic de 53%, en raison de vents importants, selon le quotidien national El País du lundi 9 novembre 2009.

L’Espagne est le pays souvent cité en exemple pour son système d’énergies renouvelables : depuis plusieurs années, elle a opté pour les électricités non polluantes et les éoliennes ont poussé un peu partout dans le pays -la capacité installée en énergie de ce type sur la péninsule pouvant atteindre 17 700 mégawatts, soit « plus de dix fois celle de 1999 », rappelle El País. Un programme favorisé par José Luis Rodriguez Zapatero et son gouvernement socialiste, lesquels ont décidé de sortir peu à peu l’Espagne de l’énergie nucléaire -en exploitant les centrales jusqu'à leur fin de vie- au profit des renouvelables.
 
Est-ce un moyen de se racheter une conduite si on considère que par ailleurs l’Espagne est le pays développé qui s’éloigne le plus des objectifs fixés par le protocole de Kyoto (avec +52,3% d’émissions de gaz à effet de serre en  2007 par rapport à 1990, au lieu d’un maximum de +15% accordé pour 2012) ? Selon le Rapport du service pour la science et la technologie de l’Ambassade de France en Espagne de janvier 2009, rédigé par Charlotte Petit-Pez (Volontaire Internationale) et l’attaché scientifique Guy Molénat, la péninsule ibérique vit une contradiction.
 
Dépendante des importations d’énergie (82% de sa consommation contre 50% en moyenne pour l’Union Européenne), l’Espagne privilégie également l’énergie thermique solaire.
 
Energie solaire thermique : l’Espagne exporte son savoir-faire
 
Jouissant d’un bel ensoleillement, l’Espagne peut exploiter les trois types d’énergie solaire :  thermique, photovoltaïque et thermoélectrique, chacun ayant un poids très différent dans la production du pays, représentant respectivement : 90%, 9% et 1%, selon les chiffres 2006 de l’Instituto para la Diversificación y Ahorro de la Energia (l’Institut pour la diversité et l’économie d’énergie, IDAE). En dépit de ses efforts, elle n’est pourtant pas particulièrement bien placée, en regard des autres pays européens.
 
En 2005, au 7ème rang des pays de l’Union européenne l’Espagne était loin derrière l’Allemagne avec 547 000 m2 de surfaces de collecteurs d’énergie installés (contre  7 109 000 m2 pour l’Allemagne). Elle était alors derrière la Grèce, l’Autriche, la France, l’Italie et … les Pays-Bas !
 
En 2006, ce chiffre a quasiment doublé pour atteindre 930 238 m2 . Ceci n’était apparemment qu’un début car le code technique de construction (Código Técnico de la Edificación), entré en vigueur le 29 septembre 2006, impose l’installation de chauffe-eaux solaires. Autre preuve de la volonté espagnole de développer l’énergie solaire thermique : le parc de capteurs solaires vitrés représentait 1 411 166 fin 2008, selon les chiffres de l’European Solar Thermal Industry Federation( Fédération industrielle européenne pour l’énergie solaire thermale, ESTIF).
 
Désormais, le solaire se porte plutôt bien en Espagne et exporte même son savoir-faire : l’entreprise Acciona a installé Nevada Solar One en 2007, l’une des plus importantes centrales thermiques du monde, au sud de Las Vegas, qui produira 64 MW d’électricité par an pour plus de 14 000 familles.
 
Côté Biocarburants : peut mieux faire !
 
Bien qu’elle possède 24 usines de production de biodiésel sur son territoire d’où sortent 149 000 tonnes de carburant bio par an, la péninsule ibérique est un petit producteur qui se situe loin derrière le Brésil, les Etats-Unis et de nombreux autres producteurs européens.
 
Seules deux (sur les 24) des grandes entreprises du secteur des biocarburants sont espagnoles : Abengao et Ebro Puleva. Quatre autres usines produisent 284 000 tonnes de bioéthanol par an, pour une consommation locale de 199 000 tonnes : le surplus de production est donc exporté.
 
En 2007, les biocarburants représentaient 1,1% de l’ensemble des carburants consommés en Espagne alors que les ambitions gouvernementales visaient 1,8% pour 2008 tandis que les objectifs européens de consommation de biocarburants, pour 2010 et 2020, sont respectivement de 5,83% et 10%. « Le secteur du biodiésel espagnol est en crise » selon le rapport de l’Ambassade française en Espagne. Il ne peut faire face à la « concurrence des Etats-Unis qui, bénéficiant d’incitation fiscale, reste moins cher à l’importation. »
 
« Au moment où l’Espagne veut sortir de ce que les espagnols appellent l’économie de la brique (liée au développement immobilier et urbanistique), le secteur des énergies renouvelables, qui a déjà les faveurs des autorités, devrait continuer à avoir le vent en poupe », selon Charlotte Petit-Pez et Guy Molénat, auteurs du rapport.

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